Quatre danses, une esplanade : le Kroubi a fait salle comble à la mairie

Anyama, le 17 août 2026
Les Sénoufos, les Attiés, les Yacouba et le Kroubi d’Abobo. Quatre groupes, quatre traditions, une seule esplanade. La 5e édition du Festival du Kroubi et des danses culturelles s’est tenue le samedi 15 août 2026 devant la mairie d’Anyama, à l’initiative de Mme Timité Mariam.






Cinq éditions, cela commence à compter. Ce qui n’était qu’une initiative isolée est devenu un rendez-vous que les familles attendent, dans une commune où les manifestations culturelles de cette ampleur restent rares.
Il faut savoir ce que l’on regarde pour mesurer ce qui se joue sur cette place.
Le Kroubi — que l’on écrit aussi Kouroubi ou Koutoubi — est une danse traditionnelle pratiquée par les jeunes filles, principalement en pays malinké. Elle se déroule à la fin du Ramadan, à partir du vingt-sixième ou vingt-septième jour, le lendemain de la Nuit du destin. À l’origine, elle servait à tenir éveillés les hommes en prière pendant cette nuit-là.
Les danseuses portent leurs tenues d’apparat et le djomo, la coiffure typique. Elles évoluent avec des queues de cheval qu’elles balancent en cadence, au rythme des tambours et des fanfares. La danse marque le passage à l’âge adulte.
Ses racines sont plus anciennes que l’islam : elle a été progressivement intégrée aux fêtes religieuses musulmanes, mais son origine est préislamique. Elle se pratique dans le nord et le nord-est du pays — Bondoukou, Kong, Bouna, Korhogo, le Ouorodougou, le Kabadougou.
Et elle disparaît. Trois causes se conjuguent : l’influence d’un islam plus rigoriste qui rejette certaines pratiques festives, la modernisation qui pousse les jeunes générations à délaisser des traditions jugées désuètes, et le défaut de transmission entre les âges. Bondoukou, surnommée la ville aux mille mosquées, est aujourd’hui l’un des derniers bastions où le Kroubi se célèbre encore avec ferveur.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire ce qui s’est passé samedi à Anyama.
L’affiche annonçait quatre groupes. Elle disait déjà l’essentiel.
Les Sénoufos, du nord du pays. Les Yacouba, de l’ouest montagneux. Les Attiés — les Akyé, peuple autochtone d’Anyama, ceux dont les villages composent la commune depuis toujours. Et le Kroubi d’Abobo, venu de la commune voisine faire vivre une danse du nord-est.
Cette composition n’a rien d’anodin. Sur une même esplanade, on a vu danser les gens d’ici et ceux venus d’ailleurs, les traditions du Nord, de l’Ouest et de la forêt. C’est exactement le portrait d’Anyama : une commune akyé à l’origine, devenue terre d’accueil au fil des décennies, où les communautés du Nord se sont installées autour de la gare et du commerce de la cola.
Le festival ne se contente donc pas de sauver une danse. Il met les communautés de la commune face à face, et leur donne à voir ce qu’elles ont chacune apporté.
L’organisatrice, Mme Timité Mariam, dit y chercher autre chose qu’un spectacle.
« Le Kroubi nous rappelle notre enfance, nos origines, la fraternité et la joie qui régnaient dans nos villages. C’est notre identité culturelle. » — Mme Timité Mariam, organisatrice du festival
Le mot d’enfance n’est pas anodin dans sa bouche. Ce qu’elle a vu petite dans son village, beaucoup d’enfants du Nord ne le verront plus.
L’événement était placé sous le haut patronnage de l’honorable Aya Virginie. La présidence de la cérémonie était assurée par Mme Tidou Abiba Sanogo, épouse Koné.
Marraine attitrée de cette édition, Mme Fatim Bamba, maire de la commune, était empêchée. Elle s’était fait représenter par l’honorable Fatoumata Diabaté, 4e adjoint au maire d’Anyama.
Les autres officiels avaient tous fait le déplacement. Le parrain attitré du Kroubi, M. Diomandé Amara, était présent, aux côtés de Son Éminence Cheickoul Madjaliss, président du Conseil supérieur du Madjliss en Côte d’Ivoire. Les invités d’honneur — M. Yacouba Chérif, M. Sansan Palé, maire de Tehini, Mme Ouattara Moussogbê et l’honorable Oumar Ouattara — avaient également répondu à l’invitation.
Mme Fatoumata Fanny, directrice générale de La Perle des Lacs, partenaire de l’édition 2026, assistait aussi à la cérémonie.
Élus, autorité religieuse musulmane de premier plan, personnalités venues du nord-est : le plateau donne la mesure de ce que représente cette manifestation. Il dit aussi quelque chose d’important. La sauvegarde de cette danse se fait avec l’accord des autorités religieuses, et non contre elles — ce qui n’a rien d’évident, puisque c’est précisément la rigueur religieuse qui la fait reculer ailleurs dans le pays.
Le mouvement dépasse la commune. Koumassi, Marcory puis Treichville, en avril 2026, ont accueilli à leur tour des éditions urbaines de la Semaine du Kroubi, dans une logique de rotation destinée à rapprocher les communautés de leur patrimoine.
À Bondoukou, berceau de la danse, le Festival international du Kroubi a fêté sa dixième édition en juin dernier.
Avec cinq éditions, Anyama figure parmi les communes les plus constantes de ce réveil culturel.
Une chose, d’abord, qui ne se voit pas tout de suite. Les jeunes filles qui ont dansé samedi devant la mairie apprennent des gestes que leurs cousines de bien des villages du Nord n’apprennent plus. La commune est en train de devenir, sans l’avoir cherché, l’un des lieux où cette tradition se transmet encore.
Ensuite, ce que produit une manifestation de ce type : des familles qui se retrouvent, des communautés qui se montrent les unes aux autres, une place publique qui vit. Anyama compte peu d’occasions de cette nature.
ANYAMA.NET suivra la 6e édition et invite les organisateurs à transmettre leur programme dès qu’il sera arrêté.



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