Lato Crespino, d’Anyama aux grandes scènes :

Portrait
Lato Crespino
Il chantait dans le car qui l’emmenait à l’entraînement. Vingt ans plus tard, on l’appelle « l’avocat défenseur des femmes ».
- Activité
- Chanteur, auteur-compositeur et producteur
- Origine
- Né à Anyama en 1984
- Univers
- Zouglou, rythmes bété, influences coupé-décalé
- Surnom
- « L’avocat défenseur des femmes »
- Structure
- Lato Crespino Organisation
Il devait être footballeur professionnel. Formé à l’académie de l’ASEC avec Kolo Touré et Salomon Kalou, l’enfant d’Anyama a vu la porte se refermer — et s’est retrouvé, presque par accident, dans un studio d’enregistrement.
En 1995, Lato Crespino a onze ans quand il entre à l’Académie Mimosifcom, le centre de formation de l’ASEC Mimosas dirigé par Jean-Marc Guillou. Il fait partie de la deuxième promotion et joue défenseur, parfois milieu. Autour de lui, des garçons qui vont devenir Didier Zokora, Arthur Boka, Kolo Touré, Salomon Kalou, Boubacar Barry.
Dans le car qui les emmène à l’entraînement, il chante pour faire rire les autres. Personne n’y voit un signe. Lui non plus.
Il dira plus tard que l’académie ne lui a pas seulement appris le football : Guillou insistait sur la discipline et sur l’idée que ses pensionnaires devaient devenir des responsables, dans le sport ou ailleurs. Cette phrase-là lui est restée.
Le rêve qui s’arrête
La rupture entre Jean-Marc Guillou et les dirigeants de l’ASEC disperse l’académie. Certains joueurs partent, accompagnés vers l’Europe. Lato n’est pas de ceux-là.
Il a alors une idée simple, presque naïve : sortir un album pour gagner de quoi voyager en Europe, et une fois là-bas, passer des tests dans des clubs. La musique devait n’être qu’un moyen de transport.
Ses premières chansons plaisent. Il résume lui-même l’histoire ainsi : parti pour le football, escale dans la musique, et finalement le goût lui en est venu.
« Ah les hommes »
Son premier album sort en 2002 sous un titre qui dit tout de sa vie d’avant : Académie. Il est produit par Kipré Michel, l’un de ses anciens formateurs. Peu de promotion, peu d’écho.
Deux ans plus tard, Gloire change tout. Huit titres, une production Soum Bill, et une chanson qui prend : Ah les hommes. Elle décrit des comportements masculins et ce qu’ils font subir aux femmes — à une époque où la chanson populaire ivoirienne faisait plutôt l’inverse.
Le surnom vient de là. Il ne l’a pas choisi, il lui est resté.
« Je regardais chacun d’eux faire son petit boucan ; pendant ce temps, je prenais note et j’étais en studio. »
Ce qu’il entend par « défendre les femmes »
Il explique son engagement par une dette envers les mères, et par un constat : trop de chansons de son époque présentaient les femmes comme infidèles, intéressées, responsables des malheurs des hommes. Il a décidé de regarder la même scène depuis l’autre côté.
La femme dont il parle n’est pas seulement l’amoureuse. C’est la mère, la sœur, l’épouse mal traitée, la jeune fille à qui l’on impose un avenir, celle qui subit des violences. Dans Laisse-la se marier, il s’attaque aux familles qui empêchent une femme de choisir son foyer.
Il tient à préciser une chose : la femme n’est pas pour lui un fonds de commerce. Il chante ce qu’il ressent.
Le reste de son répertoire déborde d’ailleurs largement ce thème. Injustice parle de politique et de société. L’argent interroge ce que la richesse fait aux gens. Confie-toi à Dieu et Jésus revient disent sa foi. N’oublie pas tes parents rappelle ce qu’on doit à sa famille.
Discographie
- 2002AcadémiePremier album, produit par Kipré Michel. Titre choisi en référence à son passé de footballeur. Diffusion confidentielle.
- 2004GloireHuit titres, production Soum Bill. Contient Ah les hommes, L’argent, Injustice, Confie-toi à Dieu. L’album de la reconnaissance.
- 2008Gloire, acte 2Prolongement de l’univers du précédent.
- 2012Réussir partoutSeize titres, arrangés par Olivier Blé, avec une collaboration de Bailly Spinto. Morceau phare : Laisse-la se marier.
- 2014KanabeissaÉgalement orthographié Kanaidessa sur certaines plateformes.
- 2019Tu veux tu veux pasPublié le 11 février 2019 sous le label Dream Maker. Référencé comme single par les plateformes, comme album par plusieurs biographies.
Deux récompenses jalonnent ce parcours : le prix du meilleur album aux Eburnie Music Awards en 2004 pour Gloire, puis celui de la révélation de la musique ivoirienne en 2005. Vers 2006, il monte sa propre structure, Lato Crespino Organisation, et se produit au Palais de la Culture d’Abidjan.
Derrière la console
Il compose ses chansons, mais travaille aussi pour d’autres : Bamba Amy Sarah, DJ Rodrigue, les Mamans des Éléphants, DJ Mulukuku. Sa structure lui sert à produire — le groupe Elhiel, les Mamans des Éléphants, divers projets.
Il a dit vouloir finir sa carrière comme arrangeur, à monter un studio et à accompagner d’autres artistes. Pour un garçon formé dans une académie où l’on répétait qu’il fallait devenir responsable, la boucle a du sens.
Le retour
Après des années de discrétion, il réapparaît en avril 2025 au FEMUA 17, à l’affiche aux côtés d’Angélique Kidjo, Kaaris, Josey et Himra, et sur scène au concert de clôture, au stade municipal de Daloa.
En juin 2026, il annonce que son nouvel album est terminé, bouclé entre Paris et Abidjan avec l’arrangeur Olivier Blé. Il le présente comme une nouvelle plaidoirie, une réponse à ceux qui, selon lui, s’en prennent aux femmes. Dans la foulée, il annonce son festival, Sideci Merci, les 23 et 24 août 2026 à Yopougon.
Ce qu’Anyama peut en retenir
Le lien avec la commune est d’abord celui de la naissance. Les sources s’accordent : il est né ici, il y a grandi, dans un quartier populaire, auprès d’un père professeur de musique.
Pour les jeunes d’Anyama, son histoire vaut mieux qu’un conte de réussite. Elle raconte une porte qui se ferme et une autre qu’on force. Il n’a pas réussi dans le football, ce qui, à l’époque, ressemblait à un échec. Il en a gardé la discipline et s’en est servi ailleurs.
Reste que nous ne savons toujours pas dans quel quartier il a grandi, quelle école il a fréquentée, ni où il a chanté pour la première fois dans la commune. C’est précisément ce qu’un entretien permettrait d’établir.
À suivre
Deux rendez-vous annoncés pour 2026
- AlbumNouvel album annoncé comme terminé en juin 2026, arrangé par Olivier Blé. Date de sortie non communiquée.
- Festival« Sideci Merci », les 23 et 24 août 2026 à Yopougon
Ce portrait est établi à partir de sources publiques : entretiens accordés par l’artiste à la presse ivoirienne, biographies musicales, fiches des plateformes de streaming et annonces publiées en 2025 et 2026. Le nom d’état civil de l’artiste n’apparaît dans aucune source fiable : seul son nom de scène est utilisé ici. Le quartier où il a grandi, ses établissements scolaires et ses premières prestations à Anyama n’ont pas été documentés. La rubrique « Qui est qui ? » reste ouverte aux compléments et aux corrections des personnes portraiturées.
Repères
- 1984Naissance à Anyama, le 19 décembre selon les biographies musicales.
- 1995Entrée à l’Académie Mimosifcom, deuxième promotion.
- Début 2000Fin du projet de carrière professionnelle dans le football.
- 2002Premier album, Académie.
- 2004Sortie de Gloire, succès d’Ah les hommes, prix du meilleur album aux Eburnie Music Awards.
- 2005Prix de la révélation de la musique ivoirienne.
- Vers 2006Création de Lato Crespino Organisation et concert au Palais de la Culture.
- 2012Réussir partout, avec Laisse-la se marier.
- Avril 2025Participation au FEMUA 17, concert de clôture au stade municipal de Daloa.
- Juin 2026Annonce d’un nouvel album et du festival « Sideci Merci ».
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