Monseigneur Pierre-Marie Coty

Portrait
Monseigneur Pierre-Marie Coty
Chaque 7 août, tout un pays chante des mots écrits en une journée par un enfant d’Anyama-Adjamé. Il a fallu attendre cinquante-trois ans pour que la nation le reconnaisse.
1927 — 2020
- Fonction
- Évêque de Daloa de 1975 à 2005, puis évêque émérite
- Œuvre nationale
- Auteur des paroles de L’Abidjanaise, hymne national depuis 1960
- Naissance
- 1927 à Anyama-Adjamé
- Distinction
- Commandeur de l’ordre national, 2013
- Décès
- 17 juillet 2020 à Abidjan, à 93 ans
Il est né à Anyama-Adjamé en 1927. Il est mort à Abidjan en 2020, doyen d’âge des évêques ivoiriens. Entre les deux, trente ans à la tête du diocèse de Daloa — et une journée de travail, en 1960, dont le pays entier se souvient sans toujours savoir à qui il la doit.
En 1960, la Côte d’Ivoire accède à l’indépendance et cherche son hymne. Félix Houphouët-Boigny lance un concours. À Bingerville, un jeune prêtre enseigne le latin et le français au Petit séminaire Saint-Augustin. Il s’appelle Pierre-Marie Coty, il a trente-trois ans, et il s’y met.
Il passe une journée à écrire les paroles. Son confrère, l’abbé Pierre-Michel Pango, compose la musique. Les deux hommes remettent leur travail au député Usher Assouan, chargé de le transmettre au jury.
Le texte est retenu. Il deviendra L’Abidjanaise.
Un harmonium à Anyama
Il y a dans cette histoire un détail qui appartient en propre à notre commune, et que peu de gens connaissent.
Avant de rendre la copie, Coty a voulu entendre ce que donnait la partition de Pango. Il l’a fait jouer cinq fois — sur l’harmonium de la chapelle du grand séminaire d’Anyama.
Autrement dit : les premières notes de l’hymne national de la Côte d’Ivoire ont résonné ici.
« Je lui ai demandé de jouer cinq fois la partition de l’hymne sur l’harmonium de la chapelle du grand séminaire d’Anyama. »
Cinquante-trois ans d’attente
Ce qui suit est la partie la moins glorieuse de l’affaire, et il faut la raconter.
Pendant plus d’un demi-siècle, la paternité des paroles ne lui a pas été officiellement reconnue. Il a fallu attendre 2013 pour que la nation le décore, avec son confrère Pango, du titre de commandeur de l’ordre national.
Il n’en a jamais fait un motif d’amertume. Chaque année, à l’approche du 7 août, il recevait chez lui, à Cocody, journalistes et personnalités venus l’entendre raconter l’histoire de l’hymne. Il sortait ses vieilles partitions et racontait les péripéties, avec ses camarades de promotion Pango et Marcel Eboyi. Il y prenait visiblement plaisir.
À sa mort, un colloque était en préparation. Il devait rétablir la vérité officielle sur les auteurs de l’hymne, faire traduire L’Abidjanaise dans les langues maternelles du pays et instituer une journée nationale qui lui soit consacrée. Il n’en aura pas vu l’aboutissement.
Trente ans à Daloa
L’hymne ne doit pas éclipser une vie entière de prêtre. Après des études de journalisme à Paris, il est ordonné le 19 juillet 1955 au Petit séminaire Saint-Augustin de Bingerville, par le cardinal Bernard Yago, alors archevêque d’Abidjan.
Vingt ans plus tard, le 20 novembre 1975, le pape Paul VI le nomme évêque de Daloa. Il est consacré le 4 janvier 1976 à la cathédrale du Christ-Roi de Daloa, par ce même cardinal Yago. Il est le premier évêque noir de ce diocèse.
Il y restera jusqu’au 22 mars 2005, soit trente années d’épiscopat, pendant lesquelles il fera bâtir paroisses et écoles dans tout le diocèse.
Il s’est éteint le 17 juillet 2020 à Abidjan, dans sa quatre-vingt-treizième année. Il était le doyen d’âge de l’épiscopat ivoirien et aurait fêté, deux jours plus tard, ses soixante-cinq ans de sacerdoce.
Deux dates de naissance
La majorité des sources — dont Vatican News et la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire — donnent le 1er janvier 1927. D’autres publications indiquent le 22 novembre 1927.
Le 1er janvier était couramment attribué par l’état civil colonial aux naissances dont la date exacte n’était pas déclarée. Les archives paroissiales d’Anyama-Adjamé ou celles du diocèse de Daloa permettraient de trancher.
Ce qu’Anyama lui doit, et l’inverse
Aucune personnalité née sur le territoire communal n’a laissé une trace comparable. Gervinho a rempli des stades, Aké N’Gbo a formé des économistes — Coty, lui, a écrit les mots que chantent les écoliers de tout le pays le matin, et que les Éléphants écoutent avant le coup d’envoi.
Il n’existe pourtant, à notre connaissance, ni rue, ni école, ni place portant son nom dans la commune où il est né. Aucune des trois avenues officiellement dénommées d’Anyama ne lui rend hommage.
La question mérite d’être posée à la mairie, et elle prend un relief particulier à quatre jours du 7 août.
Ce que la commune pourrait engager
Pistes concrètes, à l’approche de la fête nationale
- Donner son nom à une voie, une école ou un équipement public d’Anyama-Adjamé
- Poser une plaque commémorative au grand séminaire, où l’hymne fut joué pour la première fois
- Associer son nom aux célébrations du 7 août dans la commune
- Recueillir les témoignages de sa famille et des anciens d’Anyama-Adjamé, tant qu’il en est encore temps
Ce portrait est établi à partir de sources publiques : communiqué de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, Vatican News, presse ivoirienne et entretiens accordés par le prélat de son vivant. Sa date de naissance diffère selon les sources et fait l’objet d’une mention dans l’article. Les paroles de L’Abidjanaise ne sont pas reproduites ici, leurs droits étant protégés. La rubrique « Qui est qui ? » reste ouverte aux compléments et aux corrections des familles et des institutions concernées.
Repères
- 1927Naissance à Anyama-Adjamé.
- 19 juil. 1955Ordonné prêtre au Petit séminaire Saint-Augustin de Bingerville par le cardinal Bernard Yago.
- 1960Écrit les paroles de L’Abidjanaise, sur une musique de l’abbé Pierre-Michel Pango.
- 20 nov. 1975Nommé évêque de Daloa par le pape Paul VI.
- 4 janv. 1976Consacré évêque à la cathédrale du Christ-Roi de Daloa.
- 22 mars 2005Fin de son épiscopat, après trente ans à la tête du diocèse.
- 2013Décoré commandeur de l’ordre national, avec l’abbé Pango, pour L’Abidjanaise.
- 17 juil. 2020Décès à Abidjan, dans sa 93e année.
Localisation indicative. Les coordonnées exactes de ce lieu n'ont pas encore été relevées. La carte ci-dessous propose une recherche par nom et par secteur : ce n'est pas un itinéraire certifié.
